Etretat est une petite ville de la côte normande, fortement touristique grâce à ses célèbres falaises : sa population est excédée par les effets pervers de l’afflux de touristes et, surtout, des plateformes de location comme Airbnb. En effet, de plus en plus de propriétaires préfèrent loue leur logement temporairement sur Airbnb plutôt qu’à l’année aux habitants de la ville, renforçant une crise du logement sans précédent – comme dans de nombreuses autres villes de bord de mer. Un phénomène si marquant qu’un reportage du JT de TF1 lui a été récemment consacré.
« Les propriétaires mettent tout en location-vacances. Beaucoup de gens qui travaillent ici vivent dans les campagnes alentours. C’est moins cher » expose la serveuse du bar-tabac à proximité de la mairie. « Rien que sur Airbnb, il y a 8 000 arrivées de voyageurs par an. Etant donné le rendement annuel de 10 000 euros par logement, les gens cherchent à acheter. Les résidences secondaires représentent désormais 50% de notre parc immobilier. Sans compter celles qui sont dans les communes voisines… », complète la directrice de l’office du tourisme, Magalie Thuillier.
Mais la hausse des loyers et la difficulté à trouver un logement ne sont pas les seuls conséquences négatives de la multiplication des locations Airbnb : elle provoque également une gentrification d’Etretat, provoquant une hausse des prix généralisée. « Je ne peux pas faire mes courses dans les commerces du village, ça coûte trop d’argent. Mes enfants m’emmènent plus loin, en grande surface, pour les commissions », détaille la dame en charge de l’entretien des toilettes publiques.
Plus d’endroit, non plus, pour sortir le soir, surtout pour les jeunes : « Ici, on vient voir la falaise et on repart. Si on veut sortir, on doit aller au Havre » explique un habitant d’une vingtaine d’années. Et pas davantage de travail, à part en saisonnier : « Mon fils a eu de la chance, il a décroché un apprentissage à la boucherie », raconte une mère de trois enfants. « Mais les autres ont dû partir, car travailler dans les hôtels et les restaurants, ce n’est pas possible l’hiver, quand ils sont vides », pointe son fils.
Cette mainmise du tourisme sur la ville menace même de la vider totalement : « Etretat est une commune de 1300 habitants, confrontée à un vieillissement de la population qui, en plus, est en phase décroissante.Si cette population à l’année continue de diminuer, ce sont les commerces et les écoles qui sont en danger », poursuit Pierre-Antoine Dumarquez, premier adjoint au maire et président de l’Office du tourisme de la cité balnéaire.